Andreï Biély (1880-1934) : symboliste russe et auteur de Pétersbourg

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Andreï Biély (Андрей Белый), de son vrai nom Boris Nikolaïevitch Bougaïev, est l'une des figures les plus originales de la littérature russe. Poète, romancier et théoricien du symbolisme, il est l'auteur de Pétersbourg, que Nabokov classait parmi les quatre plus grands romans du XXe siècle. Son musée-appartement à Moscou conserve la mémoire de cet écrivain visionnaire.
Portrait d'Andreï Biély, écrivain symboliste russe, vers 1910
Andreï Biély vers 1910, à l'apogée du mouvement symboliste. Domaine public.

Biographie

Nom véritableBoris Nikolaïevitch Bougaïev (Борис Бугаев)
PseudonymeAndreï Biély (« le blanc »)
Naissance26 octobre 1880, Moscou
Décès8 janvier 1934, Moscou
ProfessionPoète, romancier, essayiste, théoricien
Œuvre majeurePétersbourg (1913-1914)
MouvementSymbolisme russe

Boris Bougaïev naît à Moscou dans un milieu intellectuel prestigieux. Son père, Nikolaï Bougaïev, est un mathématicien célèbre, doyen de la faculté de mathématiques de l'Université de Moscou. Sa mère, musicienne cultivée, l'initie à la musique et à la poésie. L'enfant grandit dans l'appartement familial de l'Arbat, partagé entre les mathématiques paternelles et la sensibilité artistique maternelle.

Étudiant à la faculté de sciences naturelles de l'Université de Moscou (1899-1903), le jeune Boris se tourne vers la littérature. Il adopte le pseudonyme d'Andreï Biély (« le blanc », opposé au noir) et publie en 1902 sa Symphonie dramatique, texte hybride entre prose et musique qui inaugure une forme littéraire inédite.

Un pseudonyme musicale. Le choix du nom « Biély » (blanc) reflète la vision symboliste de l'art : le blanc comme synthèse de toutes les couleurs, fusion de la poésie, de la musique et de la philosophie. Biély concevait la littérature comme un art total, proche de la musique.

Biély et le symbolisme russe

Le symbolisme russe (années 1890-1910) est un mouvement littéraire qui cherche à exprimer l'invisible, le spirituel et le mystique à travers l'art. Biély en est l'un des principaux théoriciens et praticiens, aux côtés de Alexandre Blok, Valeri Briousov et Constantin Balmont.

Dans ses essais (Le Symbolisme, 1910 ; L'Arabesque, 1911), Biély développe une théorie originale de la poésie fondée sur l'analyse rythmique et phonique du vers. Il est le premier à appliquer des méthodes statistiques à la prosodie russe, établissant des liens entre mathématiques et poésie – héritage de son père mathématicien.

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Le roman Pétersbourg

Publié en feuilleton en 1913-1914, puis en volume en 1916 (version révisée en 1922), Pétersbourg est le chef-d'œuvre de Biély et l'un des romans les plus novateurs du XXe siècle.

L'action se déroule à Saint-Pétersbourg en octobre 1905, pendant la grève générale. Le sénateur Apollon Apollonovitch Ableukhov apprend que son propre fils, Nikolaï, a accepté de le tuer avec une bombe pour le compte des révolutionnaires. La ville elle-même – ses brouillards, ses perspectives rectilignes, ses ponts – devient un personnage à part entière, fantomatique et menaçant.

« Pétersbourg ! Pétersbourg ! En se déposant sous forme de brouillard, toi aussi tu t'es enfoncé dans le néant. » — Andreï Biély, Pétersbourg (1913)
Le jugement de Nabokov. Vladimir Nabokov classait Pétersbourg parmi les quatre plus grands romans du XXe siècle, aux côtés d'Ulysse de Joyce, de La Métamorphose de Kafka et de À la recherche du temps perdu de Proust.
Saint-Pétersbourg dans le brouillard, atmosphère du roman Pétersbourg d'Andreï Biély
Saint-Pétersbourg dans le brouillard, atmosphère du roman de Biély.

Les autres œuvres

La rivalité avec Alexandre Blok

La relation entre Biély et Alexandre Blok est l'un des épisodes les plus dramatiques de la vie littéraire russe. Les deux poètes, qui dominent le symbolisme, entretiennent une amitié passionnée mais tourmentée. En 1905, Biély tombe amoureux de Lioubov Mendeleïeva, l'épouse de Blok (et fille du chimiste Mendeleïev). S'ensuit une crise qui manque de tourner au duel.

Cette rivalité amoureuse et littéraire nourrit l'œuvre des deux poètes. Biély en fera le thème de plusieurs romans ; Blok la transposera dans ses poèmes. Malgré la rupture, les deux hommes se réconcilieront partiellement avant la mort de Blok en 1921.

Biély et Rudolf Steiner

En 1912, Biély rencontre Rudolf Steiner à Cologne et devient un adepte fervent de l'anthroposophie. Il passe les années 1914-1916 à Dornach (Suisse), participant à la construction du premier Goéthéanum. Cette expérience spirituelle marque profondément son œuvre : Kotik Letaiev et les Notes d'un original témoignent de sa quête d'une conscience élargie.

De retour en Russie soviétique en 1923, Biély doit composer avec le nouveau régime. Il écrit encore des œuvres ambitieuses (la trilogie Moscou) mais reste un écrivain margínal, trop expérimental pour le goût officiel. Il meurt à Moscou en 1934, quelques mois avant le premier Congrès des écrivains soviétiques.

L'Arbat à Moscou, quartier natal d'Andreï Biély
L'Arbat à Moscou, quartier natal de Biély, où se trouve son musée-appartement.

Le musée-appartement à Moscou

Le musée-appartement Andreï Biély est installé dans l'immeuble de l'Arbat où l'écrivain naquit en 1880 et passa ses premières années. Ce musée littéraire, créé en 2000, présente des manuscrits, des photographies, des éditions originales et les célèbres dessins de Biély (lignes spirales et diagrammes colorés représentant sa « biographie de la conscience »).

Pour découvrir d'autres musées littéraires et le patrimoine culturel russe, consultez Héritage Russe.

Héritage littéraire

Longtemps occulté en URSS, Biély est redécouvert à partir des années 1960. Son influence sur la littérature du XXe siècle est considérable : il a anticipé le flux de conscience (avant Joyce), expérimenté la déconstruction narrative (avant les nouveaux romanciers) et théorisé les rapports entre rythme et sens (avant les structuralistes).

Un prix littéraire. Le prix Andreï Biély, créé en 1978 par des écrivains non-conformistes, est l'un des plus anciens prix littéraires indépendants de Russie. Il récompense les œuvres les plus innovantes et se présente symboliquement sous la forme d'une pomme, d'un rouble et d'une bouteille de vodka.

Questions fréquentes

Qui était Andreï Biély ?

Andreï Biély (1880-1934), de son vrai nom Boris Nikolaïevitch Bougaïev, était un écrivain, poète et théoricien russe. Figure majeure du symbolisme, il est l'auteur de Pétersbourg, considéré comme l'un des plus grands romans du XXe siècle.

Pourquoi le roman Pétersbourg est-il important ?

Pétersbourg (1913-1914) est un roman expérimental qui dépeint la capitale russe pendant la révolution de 1905. Nabokov le classait parmi les quatre plus grands romans du XXe siècle, aux côtés d'Ulysse de Joyce.

Où se trouve le musée Biély à Moscou ?

Le musée-appartement Biély se trouve dans l'immeuble de l'Arbat où l'écrivain naquit et vécut ses premières années. Il présente des documents personnels, des manuscrits et les dessins célèbres de Biély.

Quel est le lien entre Biély et Alexandre Blok ?

Biély et Blok étaient les deux figures majeures du symbolisme russe. Leur relation, faite d'admiration et de rivalité, fut compliquée par la passion de Biély pour Lioubov Mendeleïeva, l'épouse de Blok.

Qu'est-ce que le symbolisme russe ?

Le symbolisme russe (1890-1910) est un mouvement littéraire et artistique qui cherchait à exprimer l'invisible et le spirituel à travers l'art. Ses figures majeures sont Biély, Blok, Briousov, Balmont et Merejkovski.

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