Les Cheremetiev (Ðереметьев, aussi transcrits Cheremetieff ou Sheremetev) comptent parmi les plus anciennes et puissantes familles de la noblesse russe. Leur lignée remonte au XIVe siècle, bien avant l'avènement des Romanov.
Le fondateur de la dynastie pétersbourgeoise est le maréchal Boris Pétrovitch Cheremetiev, premier comte de Russie (1706) et fidèle compagnon de Pierre le Grand. Surnommé « le Turenne russe » par le tsar, il commanda le centre de l'armée russe lors de la décisive bataille de Poltava (1709) contre les Suédois. Il prit également les forteresses de Notéborg (1702) et Nyenskans (1703), rendant possible la fondation de Saint-Pétersbourg.
En 1712, Pierre le Grand lui offrit un vaste terrain au bord de la Fontanka, avec l'ordre d'y bâtir une résidence à l'européenne. Ce terrain restera dans la famille pendant cinq générations, jusqu'à la révolution de 1917.
Le personnage le plus romanesque de la famille est le comte Nikolaï Pétrovitch Cheremetiev (1751-1809), petit-fils de Boris. Homme le plus riche de Russie après le tsar, il fonda un théâtre de serfs exceptionnel à Ostankino (Moscou), avec un opéra, un ballet, un orchestre symphonique et un chœur réputé dans toute l'Europe.
Nikolaï tomba éperdument amoureux de Praskovia Kovalyova-Jemtchougova (v. 1768-1803), une serve devenue soprano exceptionnelle, surnommée « la première superstar de Russie ». Il l'affranchit en 1798 et l'épousa secrètement en 1801 — un scandale retentissant dans la société aristocratique. Praskovia donna naissance à leur fils Dmitri le 3 février 1803, mais mourut vingt jours plus tard au palais Cheremetiev.
Le palais actuel, au 34 quai de la Fontanka, est le fruit de plusieurs campagnes de construction s'étalant sur deux siècles. Le premier manoir en bois, bâti vers 1715, fut remplacé dans les années 1730 par un bâtiment en pierre d'un étage, dû à l'architecte G. Dmitriev.
L'édifice que l'on voit aujourd'hui date essentiellement de 1750-1755, lorsque l'architecte Savva Tchevakinski, aidé de l'architecte-serf Fiodor Argounov, ajouta un second étage et créa l'imposante façade baroque actuelle. Des esquisses de Bartolomeo Rastrelli pourraient avoir été utilisées.
La façade, de style baroque pétersbourgeois aux teintes jaune et blanc, présente un corps central à fronton triangulaire, des pilastres à chapiteaux, et des ornements sculptés au-dessus des fenêtres — frontons triangulaires, frontons cintrés et motifs en « chapeau de cardinal ». Deux pavillons carrés flanquent le bâtiment principal en léger retrait.
Au fil des décennies, les plus grands architectes de l'Empire remodelèrent les intérieurs :
| Architecte | Époque | Contribution |
|---|---|---|
| G. Dmitriev | Années 1730 | Premier palais en pierre |
| Savva Tchevakinski | 1750-1755 | Façade baroque, second étage |
| Fiodor Argounov (serf) | Années 1750 | Pavillon chinois, co-architecte |
| Ivan Starov | Fin XVIIIe | Aménagements néoclassiques |
| Giacomo Quarenghi | Fin XVIIIe | Intérieurs classiques |
| Andreï Voronikhin | Début XIXe | Réaménagements intérieurs |
| Geronimo Corsini | 1837-1838 | Célèbre grille en fer forgé |
| Nikolaï Benois | 1867 | Aile latérale |
Le palais possédait autrefois de vastes jardins à l'anglaise, avec des fontaines, une grotte, un pavillon-ermitage et un kiosque chinois dessiné par Argounov. Ces fontaines donnèrent au palais son surnom de Fontanny Dom (« Maison des Fontaines »).
L'un des éléments les plus emblématiques du palais est sa grille en fer forgé, réalisée en 1837-1838 par l'architecte Geronimo Corsini. Cette grille à motifs floraux et géométriques, d'une finesse remarquable, longe le quai de la Fontanka et constitue un chef-d'œuvre de ferronnerie du XIXe siècle.
Les portails arborent les armoiries des comtes Cheremetiev : deux lions tenant un sceptre et un globe crucigère, surmontés d'une couronne et encadrés de branches de laurier et d'olivier. La devise de la famille, « Deus conservat omnia » (« Dieu conserve tout »), y figure en lettres de fer. Anna Akhmatova choisira cette devise comme épigraphe de son Poème sans héros.
Après la révolution de 1917, le palais fut nationalisé. Il servit d'abord de Musée de la noblesse russe (1918-1931), abritant la collection d'art amassée par les Cheremetiev pendant deux siècles. Dans les années 1930, les tableaux furent dispersés entre l'Ermitage et la galerie Tretiakov.
En 1989, le palais fut confié au Musée d'État du Théâtre et de la Musique. Depuis 1990, il abrite le Musée de la Musique de Saint-Pétersbourg, dont la collection est l'une des cinq plus importantes au monde et la première de Russie.
Parmi les pièces les plus remarquables :
Le palais abrite trois expositions permanentes : l'histoire de la famille Cheremetiev et de la vie musicale du XVIIIe au XXe siècle, la collection d'instruments de musique, et des collections privées dont le legs A. Saraïeva-Bondar (700 œuvres d'art).
La Salle Blanche (Bely Zal), avec ses stucs délicats, ses dorures et son plafond à caissons, accueille régulièrement des concerts de musique de chambre — un cadre idéal pour les répertoires baroque et romantique. La tradition musicale des Cheremetiev se perpétue ainsi depuis trois siècles.
Le palais Cheremetiev est indissociable du souvenir d'Anna Akhmatova (1889-1966), l'une des plus grandes poétesses russes du XXe siècle. Elle vécut dans l'aile sud du Fontanny Dom de 1926 à 1952, dans l'appartement de son troisième mari, le critique d'art Nikolaï Pounine.
« Sous le toit du Fontanny Dom, où le soir pleure la Fontanka... » — Anna Akhmatova, Poème sans héros (1940-1965)
C'est dans cet appartement qu'Akhmatova écrivit ses œuvres majeures. Le Requiem (commencé en 1935) relate les dix-sept mois d'attente devant la prison de Leningrad où était détenu son fils Lev Goumilev pendant la Terreur stalinienne. Le Poème sans héros, œuvre en trois volets écrite sur vingt-deux ans, lui apparut dans la nuit du 27 décembre 1940, et prend le Fontanny Dom comme symbole poétique central.
Le musée-mémorial Anna Akhmatova, ouvert en 1989 pour le centenaire de sa naissance, occupe l'aile sud du palais. Il conserve environ 50 000 pièces : manuscrits, éditions dédicacées, photographies et objets personnels de la poétesse, ainsi que des hommages à son fils Lev Goumilev et à son ami Joseph Brodsky.
| Adresse | Naberejnaia Fontanki, 34 — Saint-Pétersbourg |
| Métro | Gostiny Dvor / Maïakovskaïa |
| Horaires | Mercredi à dimanche, 11h-19h (fermé lundi-mardi) |
| Construction | 1750-1755 (Savva Tchevakinski, Fiodor Argounov) |
| Style | Baroque pétersbourgeois, éléments néoclassiques |
| Devise familiale | Deus conservat omnia (« Dieu conserve tout ») |
| Collection | Plus de 3 000 instruments de musique (XVIe-XXe siècles) |
La visite du palais Cheremetiev se combine idéalement avec d'autres lieux culturels proches : le musée Russe (1,5 km), la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé (1,5 km), ou une promenade le long des ponts et canaux de la Fontanka. Pour découvrir l'héritage russe dans toute sa richesse, le palais constitue une étape incontournable.
Le palais est surnommé Fontanny Dom (« Maison des Fontaines ») en raison des fontaines qui ornaient autrefois ses jardins et de sa situation sur la rivière Fontanka. Ce surnom est devenu célèbre grâce à Anna Akhmatova qui y vécut de 1926 à 1952.
Le musée possède plus de 3 000 instruments du XVIe au XXe siècle, dont des violons de Stradivarius et Amati, des pianos de Chostakovitch et Rubinstein, l'orchestre de cors de Nicolas II, et des instruments traditionnels russes. C'est l'une des cinq plus grandes collections au monde.
Les Cheremetiev (Ðереметьев) sont l'une des plus illustres familles de la noblesse russe. Le maréchal Boris Cheremetiev (1652-1719), héros de Poltava, reçut le terrain en 1712 de Pierre le Grand. Son petit-fils Nikolaï fonda un théâtre de serfs et épousa la soprano Praskovia Jemtchougova. La famille occupa le palais pendant cinq générations.
Oui, le palais est ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Il abrite le musée de la Musique et le musée-mémorial Anna Akhmatova dans l'aile sud. Adresse : Fontanka 34, métro Gostiny Dvor.
« Deus conservat omnia » signifie « Dieu conserve tout » en latin. C'est la devise des Cheremetiev, visible sur les armoiries de la grille en fer forgé réalisée en 1837-1838 par Geronimo Corsini. Akhmatova la reprit en épigraphe de son Poème sans héros.
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