La tradition des dîners-conférences
Depuis sa création, l'association Les Amis de Paris-Saint-Pétersbourg s'est attachée à promouvoir les échanges culturels entre la France et la Russie. Les dîners-conférences constituaient l'un des temps forts de cette mission : des soirées où se mêlaient gastronomie, érudition et convivialité, rassemblant membres de l'association et amateurs éclairés autour de sujets touchant à l'histoire, la littérature et les arts russes.
Ces rencontres s'inscrivaient dans une longue tradition d'échanges intellectuels entre Paris et Saint-Pétersbourg. Depuis le XVIIIe siècle, les liens entre les deux capitales n'ont cessé de se tisser, que ce soit par la diplomatie, les arts ou la pensée. Les dîners-conférences de l'association perpétuaient cet héritage en donnant la parole à des historiens, des universitaires et des passionnés, qui apportaient un éclairage original sur des épisodes méconnus ou revisités de l'histoire russe. Pour approfondir la connaissance de la langue et de la culture russe, ces soirées offraient également un point d'entrée précieux.
Le format du dîner-conférence permettait des échanges informels entre l'intervenant et le public, dans une atmosphère chaleureuse bien différente d'un amphithéâtre universitaire. Les questions fusaient entre les plats, les anecdotes historiques se mêlaient aux récits personnels, et chaque soirée se prolongeait souvent bien au-delà du programme prévu.
Alexandre Ier et Napoléon : un duel diplomatique
Parmi les thèmes les plus marquants abordés lors des dîners-conférences, la relation complexe entre Alexandre Ier de Russie et Napoléon Bonaparte a fait l'objet de plusieurs soirées passionnantes. L'historienne Marie-Pierre Rey, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste reconnue de la Russie, a présenté en octobre 2010 une conférence majeure intitulée Le duel entre Napoléon et Alexandre Ier.
Cette conférence explorait les ressorts de la rivalité fascinante entre les deux empereurs, depuis leur première rencontre au traité de Tilsit (1807) jusqu'à la rupture définitive qui mena à la désastreuse campagne de Russie de 1812. À Tilsit, sur un radeau au milieu du Niémen, les deux souverains se jaugèrent et conclurent une alliance qui devait redessiner la carte de l'Europe. Deux ans plus tard, au congrès d'Erfurt (1808), les fissures de cette entente étaient déjà visibles.
« Entre Alexandre et Napoléon, c'était un jeu de miroirs : chacun croyait avoir pris l'ascendant sur l'autre, et tous deux furent in fine prisonniers de leur propre orgueil. »
— Marie-Pierre Rey, conférence d'octobre 2010
Une autre soirée proposait une balade iconographique sur le thème Alexandre Ier vu par Napoléon et Talleyrand, explorant à travers des gravures, portraits et documents d'époque la façon dont le jeune tsar était perçu par les dirigeants français. Talleyrand, fin diplomate, avait mesuré dès Tilsit la détermination réelle d'Alexandre sous des dehors affables et charmeurs. Ces représentations visuelles, commentées en direct, offraient un regard inédit sur les relations franco-russes à l'époque napoléonienne.
L'abolition du servage en Russie
L'un des cycles de conférences les plus ambitieux fut consacré à l'abolition du servage en Russie, à l'occasion du 150e anniversaire de cette réforme historique (1861-2011). Le conférencier Gérard Pierson a développé ce thème majeur en quatre volets complémentaires, offrant une vision exhaustive de l'un des événements les plus importants de l'histoire russe.
Le premier volet présentait le contexte général de l'abolition du servage, proclamée par le tsar Alexandre II le 19 février 1861 (3 mars dans le calendrier grégorien). Cette réforme libérait environ 23 millions de serfs, soit près d'un tiers de la population de l'Empire russe. L'ampleur de cette transformation sociale n'avait d'équivalent que l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, intervenue peu après en 1865.
Gérard Pierson a ensuite proposé un glossaire détaillé des termes essentiels pour comprendre le système du servage russe : obrok (redevance en nature ou en argent), barchina (corvée), mir (commune paysanne), pomiechtchik (propriétaire terrien). Ce vocabulaire spécifique, souvent mal traduit dans les ouvrages en français, éclairait la réalité quotidienne des serfs et la complexité du système féodal russe.
Une chronologie détaillée retraçait les étapes de la réforme, depuis les premières tentatives d'Alexandre Ier au début du XIXe siècle jusqu'aux conséquences à long terme de l'émancipation. Enfin, une conférence consacrée aux sources historiques permettait aux participants de découvrir les documents d'archives, mémoires et témoignages qui fondent notre connaissance de cette période charnière. Ce patrimoine historique fait partie de l'héritage culturel russe que l'association s'efforce de faire connaître en France.
La Brasserie Mollard, écrin des conférences
Les dîners-conférences se déroulaient dans les salons de l'Isly de la Brasserie Mollard, située au 115 rue Saint-Lazare, 75008 Paris. Fondée en 1895 par un émigré aveyronnais, cette brasserie parisienne est un véritable joyau de l'Art nouveau, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Les décors intérieurs de la Brasserie Mollard, réalisés par le céramiste Émile Muller et le peintre Luc-Olivier Merson, évoquent par leur raffinement les grandes brasseries de l'âge d'or parisien. Les mosaïques, les faïences et les boiseries créaient un cadre particulièrement adapté aux soirées culturelles de l'association. La proximité de la gare Saint-Lazare facilitait également l'accès des participants venant de toute la région parisienne.
Le choix de ce lieu n'était pas anodin : la Brasserie Mollard, avec son atmosphère Belle Époque, évoquait cette période faste des relations franco-russes où l'alliance entre Paris et Saint-Pétersbourg était à son apogée. Les participants y retrouvaient un peu de l'élégance des salons littéraires qui avaient fait la réputation des deux capitales.
Lectures à deux voix
Parmi les formats les plus originaux des dîners-conférences figuraient les lectures à deux voix, portées par le tandem Bogrow et Gérard Pierson. Ces soirées proposaient une approche vivante et théâtrale de la littérature et de l'histoire russes, bien éloignée du format classique de la conférence magistrale.
L'une de ces lectures, intitulée L'Impératrice et l'Abbé, explorait la correspondance et les échanges entre une grande figure de la cour de Russie et un ecclésiastique français, révélant les liens intimes et intellectuels qui unissaient les élites des deux pays au XVIIIe siècle. À travers la lecture alternée de lettres, de mémoires et d'extraits littéraires, les deux interprètes faisaient revivre des voix oubliées et des épisodes méconnus des relations franco-russes.
Ce format de lecture à deux voix permettait de rendre tangible la richesse des échanges épistolaires entre la France et la Russie. Les participants étaient transportés dans les salons de Saint-Pétersbourg et de Paris, au cœur de dialogues qui avaient façonné l'histoire culturelle des deux nations. Ces soirées culturelles comptaient parmi les plus appréciées du programme de l'association.
Programme des conférences
Voici la liste des principaux dîners-conférences organisés par l'association, témoignant de la diversité et de la richesse des thèmes abordés :
- Alexandre Ier vu par Napoléon et Talleyrand — Balade iconographique à travers les rencontres de Tilsit et d'Erfurt, portraits et gravures d'époque
- L'abolition du servage — Les sources — Par Gérard Pierson, étude des documents et archives historiques
- L'abolition du servage — Glossaire — Par Gérard Pierson, lexique des termes du système féodal russe
- L'abolition du servage — Chronologie — Par Gérard Pierson, les grandes dates de la réforme de 1861
- L'abolition du servage — 150e anniversaire (1861-2011), contexte et enjeux de la réforme
- Le duel entre Napoléon et Alexandre Ier — Par Marie-Pierre Rey, conférence d'octobre 2010
- Lecture à deux voix : L'Impératrice et l'Abbé — Par Bogrow et Gérard Pierson, échanges épistolaires franco-russes
D'autres activités de l'association, comme les voyages en Russie et les rencontres culturelles, complétaient ce programme en offrant aux membres une immersion directe dans la culture russe.
Questions fréquentes sur les dîners-conférences
Où se tenaient les dîners-conférences de l'association ?
Les dîners-conférences avaient lieu à la Brasserie Mollard, dans les salons de l'Isly, au 115 rue Saint-Lazare, 75008 Paris. Ce lieu historique Art nouveau, classé monument historique, offrait un cadre élégant et convivial pour ces rencontres culturelles.
Quels étaient les thèmes abordés lors des dîners-conférences ?
Les thèmes portaient sur l'histoire et la culture russes : les relations entre Alexandre Ier et Napoléon (Tilsit, Erfurt), l'abolition du servage en Russie (1861), les grandes figures littéraires et historiques, ainsi que des lectures à deux voix d'œuvres de la littérature russe.
Qui est Marie-Pierre Rey, intervenante aux dîners-conférences ?
Marie-Pierre Rey est une historienne française spécialiste de la Russie et de l'URSS, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle a notamment présenté une conférence sur le duel diplomatique entre Napoléon et Alexandre Ier en octobre 2010.
Qu'est-ce que l'abolition du servage en Russie de 1861 ?
L'abolition du servage en Russie, proclamée par le tsar Alexandre II le 19 février 1861, a libéré environ 23 millions de serfs. C'est l'une des réformes les plus importantes de l'histoire russe. Gérard Pierson a consacré plusieurs conférences à ce sujet majeur.
Comment participer aux activités de l'association ?
L'association Les Amis de Paris-Saint-Pétersbourg organise des dîners-conférences, des sorties culturelles, des voyages et des rencontres autour de la culture russe. Pour connaître le programme et les modalités d'inscription, consultez la page Contact du site ou la rubrique Brèves.