Le Moscou de Boulgakov : promenade littéraire sur les traces du Maître et Marguerite

Mis à jour le 2 mars 2026 — Temps de lecture : 8 min

Mikhaïl Boulgakov (Михаил Булгаков, 1891-1940) a fait de Moscou le décor de son œuvre majeure, Le Maître et Marguerite. L’étang du Patriarche, la Bolchaïa Sadovaïa, le boulevard Tverskoï : les lieux réels de la capitale russe se mêlent à la fiction fantastique pour créer une géographie littéraire unique. Voici un itinéraire complet pour découvrir le Moscou de Boulgakov.

Portrait de Mikhaïl Boulgakov, écrivain russe auteur du Maître et Marguerite
Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov (1891-1940), auteur du Maître et Marguerite. Domaine public

Boulgakov à Moscou : l’écrivain dans la ville

Mikhaïl Boulgakov, né à Kiev en 1891 et médecin de formation, arrive à Moscou à l’automne 1921, sans le sou, dans une capitale soviétique en plein bouleversement. Il s’installe dans un appartement communautaire surpeuplé de la Bolchaïa Sadovaïa, partageant cuisine et couloirs avec des dizaines de locataires. Cette expérience de promiscuité, de bruit et d’absurdité quotidienne nourrira toute son œuvre moscovite.

Pendant près de vingt ans, jusqu’à sa mort en 1940, Boulgakov arpente Moscou. Il connaît chaque rue, chaque impasse, chaque place de la ville. Le Moscou de ses romans n’est pas un décor de carton-pâte : c’est une ville vécue, respirée, soufferte. Les itinéraires de ses personnages suivent les trajets réels de l’écrivain, et les adresses du Maître et Marguerite sont identifiables à quelques mètres près.

L’étang du Patriarche : où tout commence

L’étang du Patriarche (Патриаршие пруды, Patriarchie Prudy) est le lieu le plus emblématique du Maître et Marguerite. C’est ici, sur un banc face à l’étang, que s’ouvre le roman : par une chaude soirée de printemps, le rédacteur en chef Berlioz et le jeune poète Ivan Biezdomny rencontrent un étrange étranger — le Diable Woland, déguisé en professeur de magie noire.

« Un jour de printemps, à l’heure d’un coucher de soleil d’une chaleur insolite, deux citoyens apparurent à l’Étang du Patriarche. »
— Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, chapitre 1

Aujourd’hui, le quartier de Patriarshie Prudy est l’un des plus prisés de Moscou. L’étang, bordé de tilleuls, conserve une atmosphère paisible qui contraste avec l’agitation de la ville. Un panneau commémoratif rappelle que c’est ici que Woland fit son apparition. Les amateurs de littérature y viennent avec un exemplaire du roman à la main, s’assoient sur un banc et relisent le premier chapitre in situ — une expérience littéraire saisissante.

Tout près de là, au croisement de la Malaïa Bronnaïa et de la Bolchaïa Sadovaïa, se trouve l’endroit précis où Berlioz, dans le roman, glisse sous le tramway — scène célèbre entre toutes.

Maison-musée de Boulgakov au 10 Bolchaïa Sadovaïa à Moscou, l’appartement n°50 du Maître et Marguerite
Le 10, Bolchaïa Sadovaïa à Moscou : l’immeuble où Boulgakov vécut de 1921 à 1924, devenu le « mauvais appartement n°50 » du Maître et Marguerite.

L’appartement n°50 : le « mauvais appartement »

Au 10, Bolchaïa Sadovaïa, un immeuble d’apparence banale cache le lieu le plus mythique du Moscou littéraire. C’est ici que Boulgakov vécut de 1921 à 1924, dans un appartement communautaire qu’il décrira comme un enfer domestique. Dans Le Maître et Marguerite, cette adresse devient le « mauvais appartement n°50 » où Woland et sa suite — le chat Béhémoth, Koroviev le bouffon, Azazello et la sorcière Hella — établissent leur quartier général.

L’appartement est devenu le Musée Boulgakov (Музей Булгакова) en 2007. On y découvre :

  • La reconstitution des pièces de l’appartement communautaire des années 1920
  • Des manuscrits, photographies et objets personnels de l’écrivain
  • Des éditions rares du Maître et Marguerite
  • La célèbre cage d’escalier couverte de graffitis et de messages de fans du monde entier

La cour intérieure de l’immeuble est ornée de fresques murales inspirées du roman : le chat Béhémoth, Woland sur son trône, Marguerite volant au-dessus de Moscou. C’est un lieu de pèlerinage pour les lecteurs de Boulgakov, un espace où la fiction et la réalité se confondent — exactement comme dans le roman.

Musée Boulgakov — Informations pratiques
Adresse10, Bolchaïa Sadovaïa, Moscou (appartement n°50)
MétroMaïakovskaïa (ligne 2, verte)
HorairesMardi-dimanche, 12h-19h (jeudi 14h-21h)
Sitebulgakovmuseum.ru

Le Théâtre d’Art et les années de gloire

Le Théâtre d’Art de Moscou (MKhAT, МХАТ), fondé par Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, joue un rôle central dans la vie de Boulgakov. C’est là que sa pièce Les Jours des Tourbine (1926), adaptée de La Garde blanche, connaît un succès phénoménal : plus de 900 représentations, et Staline lui-même la voit une quinzaine de fois.

Après l’interdiction de toutes ses pièces en 1929, Boulgakov est engagé comme metteur en scène adjoint au MKhAT — une « grâce » personnelle de Staline qui lui permet de survivre sans pouvoir publier. Ces années de frustration créatrice inspireront Le Roman théâtral (Записки покойника), satire féroce du milieu théâtral moscovite.

« Les manuscrits ne brûlent pas. »
— Woland, dans Le Maître et Marguerite

Le théâtre, situé dans le passage Kamerguerski (à deux pas de la rue Tverskaïa), est toujours en activité. Sa façade Art nouveau, ornée de la célèbre mouette de Tchekhov, est un point de repère incontournable du Moscou culturel.

La géographie du Maître et Marguerite

Le Maître et Marguerite est ancré dans une topographie moscovite extrêmement précise. Boulgakov, qui connaissait chaque coin de la ville, a semé des indices géographiques que les spécialistes ont identifiés :

Lieu dans le romanAdresse réelle à Moscou
Étang du Patriarche (rencontre avec Woland)Patriarshie Prudy, quartier Presnenski
« Mauvais appartement n°50 »10, Bolchaïa Sadovaïa
Clinique du professeur StravinskiInspirée de l’hôpital psychiatrique Kanatchikov
MASSOLIT (Union des écrivains)Inspiré de la Maison Herzen, 25 boulevard Tverskoï
Restaurant de la Maison GriboedovInspiré du restaurant de la Maison des écrivains
Le sous-sol du MaîtreQuartier près de l’Arbat, entre les ruelles de Mansourovka
La terrasse du Grand Bal de SatanL’escalier monumental de l’ancien hôtel particulier Spasso House

La précision géographique de Boulgakov n’est pas un simple détail réaliste : elle crée un contraste saisissant entre la banalité du Moscou soviétique et l’irruption du surnaturel. Le Diable ne surgit pas dans un décor vague — il apparaît dans un lieu que chaque Moscovite connaît, à une heure précise, sur un banc précis. C’est cette collision entre le quotidien et le fantastique qui fait la puissance du roman.

Tombe de Mikhaïl Boulgakov au cimetière de Novodiévitchi à Moscou, surmontée de l’ancien Golgotha de Gogol
La tombe de Boulgakov au cimetière de Novodiévitchi à Moscou, surmontée de l’ancien « Golgotha » qui ornait la sépulture de Gogol.

Novodiévitchi : le dernier repos

Boulgakov meurt le 10 mars 1940 à Moscou, à 48 ans, d’une néphrosclérose héréditaire. Il est inhumé au cimetière de Novodiévitchi, dans la section 2, rang 21. Sa troisième épouse, Elena Sergueïevna — le modèle de Marguerite dans le roman — lui fait ériger un monument singulier : le « Golgotha », un rocher de granit noir qui ornait autrefois la tombe de Gogol, l’écrivain que Boulgakov admirait le plus.

Ce choix est d’une beauté symbolique : Boulgakov repose désormais sous la pierre de Gogol, comme si la littérature russe transmettait de génération en génération un même flambeau. La tombe, toujours fleurie, est l’une des plus visitées du cimetière de Novodiévitchi. On y dépose des fleurs, des bougies et parfois des manuscrits — hommage à la phrase célèbre : « les manuscrits ne brûlent pas ».

Elena Sergueïevna consacra le reste de sa vie à préserver et faire publier les œuvres de son mari. C’est grâce à elle que Le Maître et Marguerite fut finalement publié en 1966-1967 dans la revue Moskva, provoquant un séisme littéraire dans toute l’URSS.

Itinéraire pratique : la promenade Boulgakov

Itinéraire à pied — Durée : 3 à 4 heures

1
Étang du Patriarche (Patriarshie Prudy) — Départ de la promenade. S’asseoir sur un banc, ouvrir le chapitre 1 du Maître et Marguerite et lire in situ la rencontre avec Woland. Métro : Maïakovskaïa ou Barrikadnaïa.
2
10, Bolchaïa Sadovaïa — À cinq minutes à pied. Visiter le Musée Boulgakov (appartement n°50), admirer les graffitis de la cage d’escalier et les fresques de la cour intérieure.
3
Boulevard Tverskoï — Longer le boulevard vers le sud. Au n°25, l’ancienne Maison Herzen (modèle du MASSOLIT dans le roman) abritait l’Union des écrivains soviétiques.
4
Passage Kamerguerski — Le Théâtre d’Art de Moscou (MKhAT) où Boulgakov travailla et où triomphèrent Les Jours des Tourbine. Admirer la façade Art nouveau.
5
Quartier de l’Arbat — Les ruelles de Mansourovka, où se situerait le sous-sol du Maître. Atmosphère intime de cours intérieures et de petits immeubles.
6
Cimetière de Novodiévitchi — En métro (station Sportivnaïa). La tombe de Boulgakov, section 2, rang 21, sous le « Golgotha » de Gogol. Déposer une fleur.

Pour organiser votre séjour à Moscou et découvrir ces lieux littéraires, consultez Russie Voyage, guide francophone de la Russie. Les amateurs de patrimoine culturel russe trouveront également de nombreuses ressources pour préparer leur voyage.

Questions fréquentes

Où se trouve le musée Boulgakov à Moscou ?

Au 10, Bolchaïa Sadovaïa, dans l’appartement communautaire n°50 où l’écrivain vécut de 1921 à 1924. C’est le « mauvais appartement » du Maître et Marguerite. Ouvert du mardi au dimanche.

Où débute l’action du Maître et Marguerite ?

À l’étang du Patriarche (Patriarshie Prudy), dans le centre de Moscou. C’est là que Woland apparaît devant Berlioz et Ivan Biezdomny. Un panneau et un banc commémoratif rappellent la scène.

Peut-on visiter la tombe de Boulgakov ?

Oui, au cimetière de Novodiévitchi à Moscou, section 2, rang 21. La tombe est surmontée de l’ancien « Golgotha » de Gogol. C’est l’une des plus fleuries du cimetière.

Combien de temps prévoir pour la promenade Boulgakov ?

Environ 3 à 4 heures à pied, de l’étang du Patriarche au cimetière de Novodiévitchi. Comptez davantage si vous visitez le musée en détail ou si vous vous arrêtez lire sur un banc.