Alexandre Glazounov (1865-1936) : compositeur et directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg

Mis à jour le 1er mars 2026 • Temps de lecture : 8 min
Alexandre Konstantinovitch Glazounov (Александр Константинович Глазунов), né le 10 août 1865 à Saint-Pétersbourg et mort le 21 mars 1936 à Paris, fut l'un des derniers grands représentants de la tradition musicale russe du XIXe siècle. Prodige formé par Rimski-Korsakov, directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg pendant un quart de siècle, il joua un rôle décisif dans la formation de Chostakovitch et assura la transition entre le romantisme russe et la musique soviétique.

Sommaire

Alexandre Glazounov, compositeur russe de Saint-Pétersbourg
Alexandre Glazounov — Source : Wikimedia Commons (domaine public, à sourcer)

Un prodige pétersbourgeois

Né dans une famille aisée de Saint-Pétersbourg — son père était éditeur de livres —, le jeune Alexandre montra des dispositions musicales exceptionnelles dès l'enfance. À quatorze ans, il fut présenté à Rimski-Korsakov, qui accepta de lui donner des leçons privées. Le maître fut si impressionné par les progrès fulgurants de son élève qu'il déclara plus tard que Glazounov ne se développait pas, mais « mûrissait d'heure en heure ».

En 1882, à seize ans seulement, sa Première Symphonie fut créée sous la direction de Mili Balakirev. L'œuvre, d'une maturité stupfiante pour un adolescent, révéla un orchestrateur déjà accompli. Le public et la critique furent si étonnés par la jeunesse du compositeur qu'il dut monter sur scène pour prouver qu'il n'était pas un imposteur.

« Glazounov ne se développe pas, il mûrit d'heure en heure, comme sous nos yeux. » — Rimski-Korsakov

Glazounov et Belaïev : le mécénat musical russe

La création de la Première Symphonie attira l'attention de Mitrofan Belaïev, riche industriel du bois et mélomane passionné. Belaïev devint le mécène de Glazounov et, à travers lui, de toute la musique russe. Il fonda les Éditions Belaïev à Leipzig (1885) pour publier les œuvres des compositeurs russes, et organisa les « Concerts russes de musique symphonique ».

Autour de Belaïev se forma un cercle de compositeurs — le « Cercle de Belaïev » — qui prit la relève du Groupe des Cinq. Glazounov, Rimski-Korsakov, Liadov et d'autres s'y retrouvaient régulièrement les vendredis soir pour jouer de la musique de chambre et discuter de composition.

En 1890, Glazounov et Rimski-Korsakov accomplirent un acte de piété musicale en reconstituant de mémoire et en orchestrant le Prince Igor de Borodine, mort en 1887 en laissant l'opéra inachevé. L'ouverture, entièrement recréée par Glazounov d'après ses souvenirs de Borodine jouant au piano, témoigne de sa mémoire musicale phénoménale.

Directeur du Conservatoire (1905-1928)

En 1899, Glazounov fut nommé professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. En 1905, pendant la révolution, il fut élu directeur de l'institution après la démission forcée de Rimski-Korsakov (renvoyé pour avoir soutenu les étudiants grévistes). Glazounov occupa ce poste pendant 23 ans, traversant la Révolution de 1917 et les premières années du pouvoir soviétique.

Son rôle de directeur fut décisif pour la musique russe. Il maintint le niveau artistique du Conservatoire malgré les bouleversements politiques, protégea les étudiants et les professeurs, et forma une génération de compositeurs qui allaient façonner la musique soviétique.

Son élève le plus célèbre fut Dmitri Chostakovitch. En 1919, Glazounov repéra le talent du jeune Dmitri, âgé de treize ans, et l'admit au Conservatoire. Il obtint une bourse spéciale pour l'adolescent, qui souffrait de la faim dans le Pétrograd révolutionnaire, et suivit ses progrès avec attention. La Première Symphonie de Chostakovitch (1926), composée comme travail de fin d'études, fut un triomphe mondial qui confirma le flair de Glazounov.

Le Conservatoire de Saint-Pétersbourg dirigé par Glazounov
Le Conservatoire de Saint-Pétersbourg — Source : Wikimedia Commons (domaine public, à sourcer)

Œuvres majeures

L'œuvre de Glazounov, abondante et variée, se situe à la croisée du romantisme russe (Tchaïkovski) et de l'héritage du Groupe des Cinq (Rimski-Korsakov, Borodine). Son style se caractérise par une orchestration somptueuse, une construction formelle rigoureuse et une inspiration mélodique généreuse.

Parmi ses œuvres principales :

Exil et mort à Paris (1928-1936)

En 1928, Glazounov quitta l'URSS sous prétexte de représenter la musique soviétique au centenaire de la mort de Schubert à Vienne. Il ne revint jamais. Il s'installa à Paris, où il vécut modestement, donnant des concerts et des conférences. Les autorités soviétiques ne le déclarèrent jamais officiellement émigré, conservant l'espoir de son retour.

Les dernières années furent marquées par la maladie et une créativité déclinante. Il composa néanmoins son Concerto pour saxophone (1934), œuvre tardive étonnante qui élargissait le répertoire de cet instrument alors méconnu en musique classique.

Glazounov mourut à Paris le 21 mars 1936. Il fut d'abord inhumé au cimetière des Batignolles. En 1972, ses restes furent transférés à Saint-Pétersbourg et réinhumés au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre Nevski, aux côtés de Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Moussorgski et Borodine — ses compagnons dans l'histoire de la musique russe.

Cimetière Tikhvine du monastère Alexandre Nevski à Saint-Pétersbourg
Le cimetière Tikhvine du monastère Alexandre Nevski — Source : Wikimedia Commons (domaine public, à sourcer)

Questions fréquentes

Quel âge avait Glazounov quand il composa sa première symphonie ?

Glazounov avait seize ans quand sa Première Symphonie fut créée en 1882 sous la direction de Balakirev. L'œuvre impressionna le mécène Mitrofan Belaïev, qui devint son protecteur et fonda les Éditions Belaïev pour publier la musique russe.

Quel rôle Glazounov a-t-il joué dans la formation de Chostakovitch ?

En tant que directeur du Conservatoire (1905-1928), Glazounov repéra le talent du jeune Chostakovitch et l'admit en 1919. Il obtint une bourse pour lui et suivit ses progrès. La Première Symphonie de Chostakovitch (1926), composée comme travail de fin d'études, fut un triomphe mondial.

Où est enterré Glazounov ?

Glazounov mourut à Paris en 1936. En 1972, ses restes furent transférés au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre Nevski à Saint-Pétersbourg, aux côtés de Tchaïkovski, Rimski-Korsakov et Moussorgski.