Dès le XVIIIe siècle, une communauté russe s'installe à Paris : diplomates, aristocrates, étudiants et artistes. Ils célèbrent d'abord les offices dans des chapelles privées, notamment celle de l'ambassade de Russie. En 1847, un comité est formé pour construire une véritable église orthodoxe russe. Le tsar Alexandre II contribue personnellement à hauteur de 150 000 francs-or, et une souscription réunit des fonds dans toute la Russie.
Le terrain est acquis rue Daru, dans un quartier calme et bourgeois près du parc Monceau. L'emplacement est idéal : suffisamment central pour être accessible, tout en offrant le recueillement nécessaire. La proximité de l'Arc de Triomphe ajoutait un prestige symbolique à cette première église russe sur le sol de France.
Les plans sont confiés à l'architecte russe Roman Kouzmine, formé à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Il conçoit un édifice de style néo-byzantin russe, en forme de croix grecque, couronné de cinq coupoles dorées — la grande coupole centrale et quatre petites coupoles aux angles. La construction dure quatre ans (1857-1861).
La consécration a lieu le 11 septembre 1861 en présence de diplomates, de représentants du tsar et d'une foule de fidèles russes. La cathédrale est dédiée à saint Alexandre Nevski (1220-1263), le prince guerrier de Novgorod qui défendit la Russie contre les chevaliers Teutoniques lors de la célèbre bataille sur le lac Peïpous (1242). Ce choix souligne les liens historiques entre la France et la Russie.
L'extérieur se distingue par ses cinq bulbes dorés caractéristiques de l'architecture orthodoxe russe, un spectacle inattendu en plein Paris. La façade en pierre de taille est ornée de motifs néo-byzantins et d'une mosaïque représentant la Trinité. Les proportions sont harmonieuses malgré l'étroitesse du terrain parisien.
L'intérieur, richement décoré, est orné d'icônes peintes par des artistes russes du XIXe siècle. L'iconostase, entièrement dorée, sépare le sanctuaire de la nef selon la tradition orthodoxe. Les fresques murales, les lustres en cristal et les encensoirs en argent créent une atmosphère de piété et de beauté. La cathédrale est classée monument historique depuis 1983.
Après la révolution de 1917, la cathédrale de la rue Daru devint le refuge spirituel de la première vague d'émigration russe. Des dizaines de milliers de Russes blancs s'installent à Paris dans les années 1920, et la cathédrale devient le cœur de leur vie communautaire. C'est là que furent célébrés les mariages, les baptêmes et les funérailles des grandes figures de l'émigration.
Le 12 juillet 1918, Pablo Picasso y épousa la danseuse des Ballets russes Olga Khokhlova, avec Jean Cocteau et Max Jacob comme témoins. L'écrivain Ivan Bounine, prix Nobel de littérature 1933, fréquenta assidûment la paroisse. Les funérailles d'Ivan Tourgueniev y furent célébrées en 1883, avant que son corps ne soit rapatrié en Russie. Le danseur Serge Lifar y fut également célébré.
La cathédrale Sainte-Alexandre-Nevski est ouverte aux visiteurs en dehors des offices. Les célébrations liturgiques ont lieu en slavon et en français, attirant aussi bien des fidèles d'origine russe que des Parisiens curieux de découvrir la tradition orthodoxe. Les chants liturgiques a cappella créent une atmosphère particulièrement émouvante.
Située au 12 rue Daru (métro Courcelles ou Ternes), la cathédrale se trouve dans le quartier du « Paris russe », où plusieurs rues portent des noms liés à la Russie. À proximité, on trouve des librairies, des restaurants et des épiceries russes qui perpétuent la tradition du quartier.
« La petite église de la rue Daru est un morceau de Russie transplanté au cœur de Paris. »
La cathédrale Sainte-Alexandre-Nevski se trouve au 12, rue Daru, dans le 8e arrondissement de Paris, à proximité du parc Monceau et de l'Arc de Triomphe. Métro : Courcelles ou Ternes.
Oui, la cathédrale est ouverte aux visiteurs en dehors des offices. L'intérieur est richement décoré d'icônes et de fresques. Les offices sont célébrés en slavon et en français.
Picasso y épousa la danseuse russe Olga Khokhlova en 1918. De nombreuses personnalités de l'émigration russe y ont célébré mariages, baptêmes et funérailles, dont Ivan Tourgueniev, Ivan Bounine et Serge Lifar.
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