Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (Дмитрий Дмитриевич Шостакович) naît le 25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg dans une famille cultivée. Son père, ingénieur-chimiste, et sa mère, pianiste de formation, l'initient très tôt à la musique. À neuf ans, le jeune Dmitri commence le piano et révèle des aptitudes remarquables.
En 1919, à treize ans, il entre au Conservatoire de Petrograd où il étudie le piano avec Leonid Nikolaiev et la composition avec Maximilien Steinberg, gendre de Rimski-Korsakov. La vie est difficile — la guerre civile, le froid, la faim — mais le jeune prodige travaille avec acharnement. En 1925, à dix-neuf ans, il crée sa Symphonie n°1, qui connaît un succès immédiat et international. Bruno Walter la dirige à Berlin, Toscanini à New York : Chostakovitch est déjà une célébrité mondiale.
Dans les années 1930, Chostakovitch est au sommet de sa gloire en URSS. Son opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk (1934), d'après la nouvelle de Leskov, est acclamé par le public et la critique pendant deux ans. Mais le 28 janvier 1936, Staline assiste à une représentation. Deux jours plus tard, la Pravda publie un article dévastateur intitulé « Le chaos au lieu de la musique », condamnant l'oeuvre comme « formaliste » et « anti-populaire ».
Cette condamnation est un choc terrible. En pleine Grande Terreur, des proches de Chostakovitch disparaissent, arrêtés et exécutés. Le compositeur dort chaque nuit habillé, une valise prête, attendant l'arrestation qui ne viendra jamais. Il retire sa Symphonie n°4, jugée trop audacieuse, et compose en 1937 la Symphonie n°5, sous-titrée « Réponse d'un artiste soviétique à une critique justifiée ». Cette oeuvre magistrale, à la fois triomphale en surface et tragique en profondeur, rétablit sa réputation officielle.
Lorsque l'Allemagne nazie envahit l'URSS en juin 1941, Chostakovitch se trouve à Leningrad. Il refuse d'abord l'évacuation et commence à composer sa Symphonie n°7 dans la ville assiégée, servant comme pompier volontaire sur les toits pendant les bombardements. Évacué en octobre à Samara, il achève la symphonie en décembre 1941.
La création de la Symphonie n°7 à Leningrad le 9 août 1942 est l'un des événements les plus extraordinaires de l'histoire de la musique. L'orchestre du Théâtre Kirov, décimé par la famine, est renforcé par des musiciens militaires. La partition est acheminée par avion à travers les lignes ennemies. L'oeuvre, diffusée par haut-parleurs vers les positions allemandes, devient le symbole de la résistance soviétique et fait de Chostakovitch un héros national. Le patrimoine culturel russe en conserve un témoignage vivant.
En février 1948, le décret Jdanov dénonce à nouveau le « formalisme » de Chostakovitch, aux côtés de Prokofiev et Khatchatourian. Le compositeur est publiquement humilié, contraint à l'autocritique, renvoyé du Conservatoire et privé de commandes. Il survit en composant de la musique de film et travaille en secret sur ses oeuvres les plus personnelles.
Après la mort de Staline en 1953, Chostakovitch retrouve progressivement sa liberté créatrice. La Symphonie n°10 (1953), considérée comme un portrait musical de l'ère stalinienne, marque un tournant. Le Quatuor à cordes n°8 (1960), dédié « aux victimes du fascisme et de la guerre », est l'une de ses oeuvres les plus émouvantes et personnelles.
Les dernières années de Chostakovitch sont marquées par la maladie (une atteinte neuromusculaire progressive) et une méditation de plus en plus profonde sur la mort. Ses derniers quatuors à cordes (n°13 à 15) et sa Symphonie n°14 (1969), cycle de mélodies sur des poèmes traitant de la mort, comptent parmi les pages les plus poignantes de la musique du XXe siècle.
Chostakovitch meurt le 9 août 1975 à Moscou. Il est enterré au cimetière de Novodievitchi. Son oeuvre immense — quinze symphonies, quinze quatuors, deux concertos pour violon, deux concertos pour violoncelle, deux opéras — constitue l'un des corpus les plus importants de la musique occidentale. Comme l'écrit le musicologue Solomon Volkov, Chostakovitch a réussi à exprimer en musique les tragédies et les espoirs de toute une époque.
« Si on me coupait les deux mains, je continuerais à écrire de la musique en tenant le stylo entre les dents. » — Dmitri Chostakovitch
| Oeuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Symphonie n°1 | 1925 | Symphonie |
| Le Nez | 1928 | Opéra |
| Lady Macbeth de Mtsensk | 1934 | Opéra |
| Symphonie n°5 | 1937 | Symphonie |
| Symphonie n°7 « Leningrad » | 1941 | Symphonie |
| Symphonie n°10 | 1953 | Symphonie |
| Concerto pour violoncelle n°1 | 1959 | Concerto |
| Quatuor à cordes n°8 | 1960 | Quatuor |
| Symphonie n°14 | 1969 | Symphonie |
| Symphonie n°15 | 1971 | Symphonie |
Les oeuvres les plus célèbres de Chostakovitch sont la Symphonie n°5 (1937), la Symphonie n°7 « Leningrad » (1941), la Symphonie n°10 (1953), l'opéra Lady Macbeth de Mtsensk (1934), le Quatuor à cordes n°8 (1960) et le Concerto pour violoncelle n°1 (1959).
La Symphonie n°7 a été composée en 1941 pendant le siège de Leningrad par les nazis. Chostakovitch en a écrit les premiers mouvements dans la ville assiégée avant d'être évacué. Sa création à Leningrad le 9 août 1942 est devenue un symbole de la résistance soviétique.
Oui, Chostakovitch a été dénoncé deux fois par le pouvoir soviétique : en 1936 après que la Pravda a condamné son opéra Lady Macbeth de Mtsensk, et en 1948 lors du décret Jdanov contre le « formalisme ». Il a vécu dans la peur constante d'une arrestation.
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